Télécharger le Magazine complet Télécharger l'article
L’homme debout sur la Terre manifeste un Point métaphysique à partir duquel s’organisent l’espace (ce qui est devant, ce qui est à gauche, à droite, derrière, en haut, en bas) et le temps (situation par rapport à la journée, à la phase lunaire, aux saisons solaires, au cycle cosmique de soixante termes, aux saisons couvrant son devenir). En observateur attentif, on peut constater que sur le Sol les choses se transforment (agrégation, dissolution, maturation, naissance, mort, etc..) et qu’au Ciel les choses s’enchaînent (constellations, astres et luminaires effectuent une immuable giration cosmique).
L’homme debout sur la Terre manifeste un Point métaphysique à partir duquel s’organisent l’espace (ce qui est devant, ce qui est à gauche, à droite, derrière, en haut, en bas) et le temps (situation par rapport à la journée, à la phase lunaire, aux saisons solaires, au cycle cosmique de soixante termes, aux saisons couvrant son devenir). En observateur attentif, on peut constater que sur le Sol les choses se transforment (agrégation, dissolution, maturation, naissance, mort, etc..) et qu’au Ciel les choses s’enchaînent (constellations, astres et luminaires effectuent une immuable giration cosmique).
On finit par faire le constat qu’il y a
une concordance entre les transformations qui se produisent sur terre et
l’enchaînement cycliques des indicateurs célestes. Et dans la perpétuation de
cette organisation cyclique des transformations des êtres, il peut percevoir
une harmonie, une cohérence universelle.
Mais on peut faire le chemin inverse pour
embrasser celui de l’histoire existentielle qui s’est inscrite dans le déroulé
temporel. L’Être Est. Il “Est” l’Harmonie Universelle. Sa Respiration cosmique
est le Yin et le Yang et par Elle il contrôle le flux et le reflux des
variations énergétiques oscillant entre une nature plutôt Yin et une nature
plutôt Yang, sur la succession des cycles saisonniers. Maître de ces rythmes,
libre de tout sentiment extrême, l’être peut les inscrire dans des lois
vérifiables pour y goûter la joie céleste en y restant parfaitement conforme.
Ces lois sont déclinables dans tous les
aspects de l’existence. Elles participent à l’Unité de la multitude manifeste
et lorsque qu’un composé organique - structurellement à l’image du ternaire Tien/Ti/Jen (ci-dessous) -
respecte la cohérence de ces lois, il peut réaliser l’identité de cette Unité
Universelle par un apprentissage particulier.
L’homme, entre Ciel et Terre, partant de
sa particularité individuelle qui l’a situé au sein de la multitude, cherchera
donc a établir le Ma-Aï en toute
chose, c’est à dire qu’il cherchera à harmoniser ses rythmes intrinsèques avec
les Rythmes Universelles.
C’est dans cette perspective qu’en chine,
du temps de l’empereur Yao, quatre familles étaient désignées pour observer à
chacun des orients de l’empire, le passage au méridien à minuit de l’étoile associée
analogiquement à la saison et à l’orient.
L’idéogramme Ma est composé d’une lune dans l’interstice des deux battants d’une
porte. Cela rejoint l’idée de l’observation au temps de Yao où le passage au méridien se faisait en fixant le plan d’un mur
orienté nord-sud. Cette observation permettait d’établir une relation
d’analogie profonde entre les quatre orients et les quatre saisons. En outre,
l’empereur, incarnation du Centre spatial et du Centre du temps incarné en
extrême-orient par le concept de la saison centrale (une 5ème saison sans durée
située entre la fin de l’été et le début de l’automne), effectuait des
déplacements rituels dans son royaume à chaque saison. Ma désigne donc une concordance spatio-temporelle.
Aï est l’idéogramme que
l’on retrouve dans Aï-Ki-Do. Il
désigne la concordance, l’harmonie, mais contrairement à Ma, il s’agit d’une concordance plus générale, plus universelle. Il
est composé d’une bouche surmontée d’une charpente. Les deux versants de la
charpente c’est le Yin et le Yang. Le trait d’union horizontal représente les
lois du Yin et du Yang. La bouche donne l’idée d’expectoration, de profération,
d’expression manifeste de la diversité conformément aux lois universelles. Elle
peut être associée au symbolisme métaphysique du Verbe source de tout ce qui se
manifeste distinctement. “Au commencement
était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.[1]”
Ainsi Ma-Aï
représente dans son acception la plus élevée une concordance avec
l’ordonnancement universelle. Ce qui sur le plan existentiel se traduit par la
mise en harmonie de son microcosme avec le macrocosme.
Cette concordance spatio-temporelle
caractérise donc une perfection de rapport entre deux domaines distincts. Comme
si les possibilités intrinsèques à ces deux domaines s’accordaient à la
perfection à un principe commun, source et support de ses deux domaines. Dans
la pensée extrême-orientale, comme dans beaucoup de tradition, l’ensemble de la
manifestation (les êtres animés et non animés) est vu dans un premier temps
comme résultant de la séparation du domaine de nature céleste et du domaine de
nature terrestre, dans un deuxième temps comme réalisant l’unification du
domaine Céleste et du domaine Terrestre.
Si l’on revient à l’idéogramme Ma, la lune entre l’interstice des deux
battants de la porte, un grand nombre d’images peuvent en être extraites. Par
exemple il y a l’idée de la synchronicité : on se tient là au moment précis où
la lune passe dans l’interstice. Il y a aussi l’idée de “l’instant présent”,
c’est à dire que la lune ne sera vue sur l’indéfini déroulé temporel qu’à un
infinitésimal instant. On retrouve aussi l’idée qu’il y a des instants
caractéristiques où lorsqu’un rythme céleste s’aligne avec un repère terrestre,
les deux domaines sont en communication (par la porte). En bio-énergétique
chinoise, ces instants correspondent aux moments équinoxiaux et solsticiaux,
c’est-à-dire au milieu de certaines périodes cycliques qui animent tous les
plans constitutifs de l’être et lors desquels des échanges énergétiques se
produisent entre les différents plans (en retenant le découpage rapporté par
Jacques-André Lavier dans son “Bio-énergétique Chinoise” on a le plan
métaphysique, le plan intellectuel, le plan affectif, le plan somatique avec
les Tsang et les Fou).
Munis de toutes ces considérations,
voyons comment transposer sur le plan des arts martiaux et plus
particulièrement en Aïkido le concept de Ma-Aï.
Les deux domaines correspondent
respectivement à l’attaquant et au défenseur. Si l’on se place en tant que
défenseur, l’attaquant incarne une entité extérieure avec ses possibilités
propres qui entrent en interaction avec notre propre monde. Trois possibilités
s’offrent au défenseur :
●
être détruit par l’entité
●
détruire l’entité
●
s’harmoniser avec cette entité et s’accorder avec ses
possibilités propres pour produire un mouvement harmonique préservant la vie
des deux êtres.
La nature de l’art martial, le degré
d’avancement dans la maîtrise des techniques de la voie, la nature de sa
volonté propre, le degré de clairvoyance, sont les paramètres qui détermineront
en quelque sorte l’issue de la rencontre.
Plusieurs stades seront franchis au cours
de l’apprentissage :
●
Compréhension et développement de ses propres possibilités
et limites d’actions et réactions.
●
Compréhension des mécanismes de neutralisation des forces
destructrices.
●
Compréhension des possibilités de préservation de
l’intégrité existentielle.
En Aïkido cette possibilité est poussée à son maximum en offrant au pratiquant l’opportunité de jouer les deux rôles
(agresseur/agressé) et d’apprendre de la sorte, par la maîtrise des ukemi et de
techniques aux possibilités de Clémence/Sanction, à préserver l’intégrité des
êtres engagés dans une action extrême.
Lors de cette progression on perçoit de
plus en plus facilement comment se déplacer pour se placer idéalement de
manière à ce qu’il soit toujours possible de se coordonner au mouvement de
l’attaquant de manière à neutraliser son action portant en elle une possibilité
destructrice, mais aussi une possibilité de préserver une mutuelle intégrité.
Ce qui donne une dimension de sagesse à
l’Aïkido c’est la possibilité qu’il nous offre de sortir de la notion du bien
et du mal et de considérer qu’il est possible de s’éduquer pour devenir capable
de répondre par un “agissement merveilleux” à toutes forces destructrices en
offrant par la même la possibilité de préserver autant que possible l’intégrité
de tous les êtres entrés en relation.
On retrouve donc une portée très
universelle du Ma-Aï puisque la
concordance que l’on quête par l’apprentissage des techniques martiales est
bien plus que celle qui n’ouvre qu’à la seule préservation de sa propre
intégrité sans se préoccuper de celle de l’autre. On quête la concordance
préservant et développant la vie. Elle est celle résultant d’un état où il est
possible de transformer toute action en mouvement harmonieux.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
(Les commentaires sont publiés après vérification)