On se demande toujours, lorsque l'on pratique un art martial, quel peut être l’intérêt d'étudier les textes sacrés et les significations symboliques qui y sont enchâssées. N'oublions pas que, premièrement, les Samouraïs étaient des personnes profondément instruites et que deuxièmement le Fondateur de l'Aïkido nous exhorte de connaître l'histoire qui a présidé à la manifestation de la multitude à partir de l'Origine Unique, pour que nous puissions accéder au seul état où l'on pratique véritablement l'Aïkido :
« Il est donc nécessaire de connaître l’histoire depuis l’époque des dieux [il aurait été préférable de conserver le terme Kami plutôt que de la traduire par dieux, puisque le Fondateur affirme par la suite de l'Unicité de ce qui est seul à véritablement exister]. La danse sacrée que le Grand Dieu de l’origine unique a fait naître est l’apparition des dieux [Kamis]. Ceci est une grande science. »
“L'aiki ne pourrait pas être mis en pratique sans l'histoire qui commence à l'époque des dieux [même remarque que ci-dessus]
.”
“En ce qui concerne takemusu aiki, l'âme spirituelle individuelle jaillit scientifiquement par le moyen du corps et de l'esprit. Par conséquent, il faut absorber l'histoire des dieux [idem] au coeur même de notre pensée.”
"L'expression, employée auparavant, « l'éclosion des techniques de formes variées par la puissance divine », signifie que le ki du vide et le ki de la vacuité émergent à travers les techniques de manière scientifique lorsqu'ils sont combinés dans la nature humaine et les techniques. L'éclosion des techniques nécessite de suivre les préceptes des ancêtres impériaux, les dits des divinités du Futanomix" du Kojiki."
Mais le Fondateur rappelle aussi un principe commun à toutes les Voies traditionnelles :
"La science du kototama est une science, ce n'est pas le kototama lui-même. Pour ceux qui font les études spirituelles, obtenir la véritable force n'est pas chose aisée. La science du kototama peut être utile pour la compréhension du premier volume du Kojiki, mais là encore cela devient naturellement clair par la vertu de la foi. Lorsqu'on se laisse accaparer par les sciences et par les lettres, cela devient une gêne pour la véritable progression."
A l'image des Kamis qui, devant la caverne où s’est enfermée la Flamme Illuminative (Amaterasu), festoient et dansent pour faire sortir la Puissance Spirituelle en vue de ré-illuminer le monde, nous devons absorber l'histoire des Kamis au coeur même de notre pensée puis, par la perfection de nos techniques, accomplir une véritable danse sacrée et attendre que la porte de pierre s'ouvre une seconde fois (voir note 2).
Philippe
Dans les traditions d’Extrême-Orient
La caverne est le symbole du monde, le lieu de la naissance et de l’initiation, l’image du centre et du cœur.
Elle est une image du cosmos : son sol plat correspond à la Terre, sa voûte au Ciel. L’ancienne maison des hommes chinoise, qui était une grotte, comportait un mât central, substitut de l’Axe du monde et de la Voie Royale. Le souverain devait y monter pour téter le Ciel (les stalactites de la voûte) : ainsi faisait-il preuve de sa filiation céleste et de son identification à la Voie. La caverne comporte un trou central dans la voûte, destiné au passage de la fumée du foyer, de la lumière, de l’âme des morts ou des chamans : c’est la porte du soleil, ou l’œil cosmique (examiné dans le symbolisme analogue du dôme), par où s’effectue la sortie du cosmos.
Entrer dans la caverne, c’est donc faire retour à l’origine et, de là, monter au ciel. C’est pourquoi les Immortels chinois hantent les cavernes, pourquoi Lao-tseu y serait né, pourquoi l’Immortel Liu T’ong-pin est l’hôte de la caverne. Le même caractère t’ong signifie caverne et aussi pénétrer, comprendre (les choses cachées). Dans le symbolisme taoïste, le crâne s’identifie au Mont K’ouen-Louen, centre du monde, qui contient une grotte secrète par où s’effectue le retour à l’état primordial avant la sortie du cosmos.